Jean a réussi, en à peine plus d’une heure, à parcourir, de façon vivante et pédagogique, plus de vingt siècles d’histoire de la Syrie, en extirpant les racines de la tragédie vécue par ce pays. Et ce, devant 70 personnes venues l’écouter. Parmi elles, des paroissiens bien sûr mais également des personnes des communes voisines, l’annonce de cette conférence ayant été largement diffusée dans tout le diocèse. Et aussi des amis ou relations du couple Chaudouet, n’ayant pas hésité à venir de Paris pour entendre Jean, friands de ses connaissances et réflexions sur le Proche-Orient. A noter dans l’assistance deux ou trois personnes libanaises et une ex-ambassadrice.
Impossible de rendre compte ici de toute la richesse de cette conférence qui a brossé des décennies d’histoire à la fois politique et religieuse de la Syrie, depuis ses origines (au temps des Hébreux, XVe siècle avant J.C.) à nos jours. Quelques traits marquants de cette histoire, à la racine du drame de ce pays, méritent cependant d’être soulignés, comme l’a fait Jean dans sa brillante conclusion:

 - la désunion des chrétiens : au lieu d’être facteurs d’apaisement, les chrétiens n’ont aucune influence politique, faute de vouloir dégager des positions communes ;
 - les séquelles de la « dhimmitude » (protection) : ce statut est donné aux chrétiens, lors de la conquête arabomusulmane du VIIe siècle, au prix de leur subordination (paiement d’un impôt, interdictions diverses, voire exclusion). Statut aboli au XXe siècle, mais dont des traces subsistent dans les esprits de nombreux chrétiens et musulmans syriens qui éprouvent des difficultés à se reconnaître réciproquement comme « citoyens dans une société moderne » ;
 - l’ambiguïté du regard des Syriens sur l’Occident : ils éprouvent une certaine curiosité envers le droit des femmes, le droit de la presse… mais, en même temps, ne peuvent pas oublier le mandat français… ni les trahisons de l’Occident qui, en échange de son aide dans la lutte contre l’Allemagne, lui avait promis la création d’une grande Syrie…. jamais advenue ;
 - la proximité avec la Russie : elle date du temps de la guerre froide et s’est accentuée après 1980, quand la Syrie se posait comme le principal pion pro-soviétique sur l’échiquier proche-oriental. La Russie gère une base navale à Tartous et demeure un fournisseur commercial de choix, y compris pour les armes ;
 - le caractère irréformable du système : la minorité alaouite se renouvelle difficilement face à une majorité chiite trop écartée des rouages du pouvoir.

A l’heure où plus de 9 millions de Syriens sont en grand besoin humanitaire, 3,5 millions bloqués dans des zones assiégées (dont un million d’enfants) et où son voisin, le Liban, croule sous l’afflux des réfugiés, il est important de leur venir en aide. C’est le but de cette conférence donnée au profit de l’Oeuvre d’Orient, association catholique entièrement dédiée au soutien des chrétiens d’Orient. Elle intervient précisément auprès des réfugiés syriens accueillis dans des camps en Jordanie, Turquie et au Liban. La collecte qui a suivi la conférence a rapporté quelque 143 euros.

Jacqueline Huber, Michel Rocher