Le père Emeric Dupont, vicaire épiscopal et curé de Saint-Leu, a évoqué en profondeur les aspects sociétaux, anthropologiques et historiques du projet, mais en évitant de parler le langage de la morale et de la foi. Voici une énumération rapide de quelques-unes des “idée-force” qu’il a développées : l’enfant est d’abord celui de ses parents, leur amour est essentiel pour lui ; il faut respecter ce qui est de l’ordre de la nature, “l’écologie humaine” si l’on peut dire, c’est-à-dire l’ensemble des facteurs qui structurent les sexes ; pour l’enfant une manière d’aimer différenciée est essentielle pour se construire ; le projet changerait ce qui lui permet de structurer son identité par rapport à l’autre ; être parent n’est pas une fonction interchangeable ; la carence d’un référent peut avoir de graves conséquences pour l’enfant, l’amenant à des “états limites” ; historiquement, l’institution du mariage en Occident a été un rempart, une protection de l’enfant contre la loi de “la horde”, celle du plus fort ; et pourquoi pas, plus tard, certains ne demanderaient-ils pas un mariage à trois ou quatre…, la polygamie et la polyandrie ? Actuellement 25 000 couples attendent un enfant, or il n’y en a que 1 000 en France et 2 000 à l’étranger en attente d’adoption. Il faut savoir en outre que la Chine et le Vietnam refusent l’adoption par des parents du même sexe.

Le troisième intervenant, Philippe Arino, était un “homo et catho” opposé au projet. Lui, qui connaît bien la communauté dont il parle, venait dire que l’on veut nous faire croire, bien à tort, que c’est le lobby gay qui porte le projet. Or les homos demandent seulement “le droit au mariage”, comme symbole d’amour et signe de reconnaissance. Pour lui, “Mariage pour tous” est une expression mal choisie, ce devrait être “mariage pour les personnes homosexuelles qui le demandent” (car toutes ne le demandent pas et beaucoup y sont même opposées). On peut d’ailleurs penser qu’il toucherait peu de monde si l’on considère qu’il y a actuellement 100 000 pacs hétéro pour 2 000 pacs homo. Enfin, la représentante des AFC (Associations Familiales Catholiques) intervient pour dire que les membres du mouvement qui n’ont pourtant pas tous la même sensibilité religieuse, ont voté en majorité contre le projet. Leur action à elles est de tenter de créer des débats devant les mairies, le samedi matin, même si elles y vont avec appréhension. La parole étant alors donnée à l’assistance, deux interventions ont donné à réfléchir.

1- La notion de “parent 1” et de “parent 2” prévue dans un article du projet de loi, est déjà mise en oeuvre sur les cartes de familles nombreuses. Cela, comme la brièveté des entrevues accordées aux organismes et aux autorités religieuses opposées au projet, démontre la volonté du gouvernement d’abréger, sinon de vouloir éviter à tout prix le débat, comme si tout était déjà décidé.
2- Le mariage homosexuel adopté en Espagne il y a huit ans, malgré l’opposition d’alors de l’Eglise espagnole, et qui semble être passé dans les moeurs, présentait une différence majeure avec le projet français actuel : l’adoption en était exclue.

Tous sont d’accord, il faut agir dès maintenant pour exiger un débat ouvert et même demander un moratoire. Certains signes montrent que démarches auprès des élus, manifestations et articles de presse ont déjà eu de l’effet, c’est encourageant, mais il faut continuer avec résolution !

Hubert Ploix