Je suis infirmière depuis trente-six ans. J’ai travaillé dans de nombreux services avant de devenir infirmière libérale, depuis dix-neuf ans déjà. Rien, ni personne, ne nous avait préparés à cela !

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En période de Covid

Depuis un an, nous vivons avec la Covid, et pour nous professionnels de santé, ça a été et c’est toujours très dur. Au début, pas de matériel pour nous protéger, et beaucoup d’entre nous en sont morts. C’était l’inconnu, la débrouille avec les moyens du bord. On ne se posait pas trop de questions. Il fallait y aller, protéger nos patients, continuer les soins et tout faire pour que personne ne l’attrape. Les retours à la maison étaient compliqués, avec la peur de ramener la Covid et de contaminer les siens, tout un protocole à respecter. C’est une grâce de Dieu d’avoir un mari et des enfants qui ont voulu que nous vivions cela ensemble.
Il y a eu tout d’abord de la sidération. Nos patients nous attendaient. Ils étaient à l’écoute de ce qu’on leur disait, ils avaient peur pour eux et pour nous. Ils nous encourageaient. Il y avait ceux qui étaient contaminés et qui avaient peur de nous le dire, de peur qu’on refuse de les soigner, de peur de mourir abandonnés. Nous y allions, équipés, et quand ils voyaient comment on s’équipait, alors ils comprenaient…

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L’éclairage de ma foi au Christ Sauveur

Depuis le mois d’octobre, les cas de Covid se sont multipliés ; on ne les compte plus. Il y a davantage de décès au Plessis-Bouchard, c’est dur. Certains sont des amis, des relations… Dans notre métier, on côtoie la vie, la maladie, la mort. Heureusement que ma foi est là ! Croire que Dieu est un Père plein de bonté, m’aide, me guide tous les jours. C’est ainsi que j’apprends à porter ces épreuves sans perdre courage et en restant efficace auprès des autres patients. La prière, c’est une évidence, dans la voiture le matin, pour puiser la force en Dieu, de vivre la journée de soins… Sans lui, je serais vide ! Le Christ est là, il me tient debout ! Dans cette prière je reçois la force de l’Esprit du Christ, je sais qu’il me protège et m’aidera à accompagner au mieux les patients et leurs proches.
On rentre dans l’intimité de la vie des patients et de leurs proches. Avec les patients croyants de toutes confessions confondues, et les non croyants, lors des décès, il y a un sentiment de « partage ». On a fait face ensemble, on était avec eux. On a l’impression de faire un peu partie de la famille, des amis. Un peu à la façon du Christ « nous les avons aimés jusqu’au bout » !
La lumière de la foi chrétienne me permet d’accueillir chaque personne et chaque famille comme un frère et une soeur. Nous sommes en quelque sorte de la même famille. Les convictions religieuses ou philosophiques ne font pas obstacles à cette certitude. Avec les croyants, il y a « un plus ». Notre expérience de croyant nous rapproche et facilite des liens, des échanges. Cela adoucit l’âpreté de la souffrance et de la mort. Nous sommes portés par l’Espérance. Faire mon métier me donne de vivre au quotidien ce que le Seigneur nous a enseigné et que nous célébrons le dimanche au cours de la messe.
C’EST LA MESSE DANS LES ACTES DU QUOTIDIEN.

Catherine Lebreton