« Savoyard, évêque, homme de lettres et saint, François de Sales (1567–1622) a été ordonné prêtre en 1593 et consacré évêque en 1602. Dans une époque marquée par la Réforme, il a sillonné son diocèse pour présenter la foi catholique. Avec sainte Jeanne de Chantal, il a fondé l’ordre de La Visitation Sainte-Marie en 1610. Une spiritualité qui se fonde sur une expérience

Ce qui touche en premier dans la personnalité de François de Sales, c’est sa bonté : son exigence n’a d’égales que sa bienveillance et son attention aux personnes. Quel est donc son secret ? Il faut se souvenir de la crise spirituelle qu’il a traversée. Il a 19 ans lorsqu’il est saisi par une forte crise d’angoisse et de désespoir, jusqu’à en perdre la faim et le sommeil. Dans le contexte de la Réforme, la question de la prédestination agite alors la réflexion théologique. François est persuadé d’être exclu pour toujours de l’amitié de Dieu, d’être damné. Il est libéré de cette angoisse lorsque, devant la statue de la Vierge, en l’église Notre-Dame des Grès à Paris, il prononce cet acte de parfait abandon : « Quoiqu’il arrive… je vous aimerai Seigneur, au moins en cette vie s’il ne m’est pas permis de vous aimer dans la vie éternelle… et j’espérerai toujours en votre miséricorde.». Il fait le choix du « pur amour ». La liberté de François de Sales est le fruit de cette libération intérieure. Lui qui a fait l’expérience de la miséricorde, il peut être témoin de la miséricorde. Cette expérience fondatrice façonnait déjà celui que l’on nommera « le Docteur de l’Amour divin et de la douceur évangélique » et marquera toute sa vie et son oeuvre…

« Commencer par l’intérieur »
La vraie réforme commence par l’accueil de la vie et de l’amour de Dieu, et la conversion du coeur : « Pour moi, je n’ai jamais approuvé la méthode de ceux qui pour réformer l’homme commencent par l’extérieur : le maintien, les vêtements, la coupe de cheveux… Il me semble au contraire qu’il faut commencer par l’intérieur… Qui a Jésus dans son coeur, ne tardera pas à l’avoir en toutes ses actions extérieures... Qui de l’homme gagne le coeur, gagne l’homme tout entier » (IVD 3, 23)…
La priorité pour François de Sales, c’est de laisser vivre le Christ dans notre coeur pour qu’Il irrigue toute notre vie. D’où son insistance sur la pratique de l’oraison (la prière intérieure) comme coeur à coeur avec Dieu. « La dévotion ne gâte rien quand elle est vraie, mais elle perfectionne tout… Chacun devient plus agréable en sa vocation » (IVD 3,1).

Habiter le présent
La vie spirituelle du chrétien, c’est sa vie ordinaire, vécue dans l’Esprit du Christ. François insiste sur le devoir d’état. Il faut « travailler au champ où nous sommes » et non « envoyer nos boeufs avec la charrue ailleurs, au champ du voisin, où néanmoins nous ne pouvons pas moissonner cette année » (EA XIII 207). Il s’agit d’aimer notre vocation, de vivre pleinement « là où le Seigneur nous a plantés » : « De quoi sert-il de bâtir des châteaux en Espagne puisqu’il nous faut habiter en France ? C’est ma vieille leçon… » (EA XIII, 289). Et François de Sales de recommander la vertu de patience. Elle est, dit-il, « celle qui nous assure le plus de la perfection, et s’il faut l’avoir avec les autres, il faut aussi l’avoir avec soi-même… » (EA II, 202). Inutile de rêver d’exploits : « Les grandes oeuvres ne sont pas toujours en notre chemin, mais nous pouvons à toutes heures en faire de petites excellemment, c’est-à-dire avec un grand amour ».

Mgr Yves Boivineau, évêque d'Annecy