Cet été, l’expulsion de camps illégaux de gens du voyage, originaires de Roumanie, a provoqué des réactions d’indignation de l’Eglise catholique de France. Mais en Roumanie, où la nomadisation des Roms est perçue comme un problème structurel, comment a réagi l’église orthodoxe ?

L’Église orthodoxe roumaine s’est pour l’instant gardée d’émettre une position officielle sur la politique du Président français à l’égard des Roms roumains vivant en France. Mais elle rappelle son implication concrète dans différents programmes d’intégration de cette communauté en Roumanie.
D'une manière non officielle, elle rappelle ce qu'elle avait fait il y a deux ans, quand l’Italie avait pris des mesures très dures à l’encontre des Roms vivant sur son territoire. À l’époque, le patriarcat avait appelé les Italiens à ne pas « blâmer » toute la communauté roumaine pour les fautes de quelques-uns. Dans le rang des prêtres orthodoxes, les réactions sont plus directes. « Pour la France comme pour l’Italie, il s’agit d’une réaction typique d’un État qui n’arrive pas à résoudre ses propres problèmes sociaux, déclare au quotidien catholique La Croix le P. Constantin Necula, de l’archevêché de Sibiu.
Il ajoute : " Si ces Roms avaient été de religion musulmane, qu’aurait fait la France ? Elle aurait certainement trouvé tout un tas de compromis pour ne pas arriver à cette éventualité, car l’État français a peur de la réaction de l’islam. Mais comme les Roms roumains sont orthodoxes, la France ne se gêne pas pour les mettre dehors. Les Roumains, qu’ils soient d’origine rom ou non, ne sont pas des citoyens de seconde zone."

Pendant ce temps, en France, Mgr Dufour, évêque d’Aix et Arles, a été témoin le 20 août des expulsions policières et a justement rappelé la position d’équilibre à tenir :
"Souhaitant rencontrer les populations les plus pauvres, comme je le fais toujours lors des visites dans les communautés de mon diocèse, j'étais en conversation avec des familles roms, lorsqu'est arrivé un important détachement de policiers. Des caravanes ont été détruites. Je ne mets pas en cause les forces de police qui obéissent aux ordres. Mais je demande le respect des personnes et de leur dignité, dans le cadre de la loi française. Si des délits ont été commis, ils doivent être sanctionnés. Cependant, les discours sécuritaires qui peuvent laisser entendre qu'il y a des populations inférieures sont inacceptables. Ces personnes, citoyens européens, vivent pour la plupart paisiblement ici, un certain nombre depuis de longues années. Avec le Secours catholique, nous avons prévu un programme d'alphabétisation et d'insertion. Dans un esprit de paix, je suis prêt à rencontrer les autorités et les élus, pour permettre d'envisager des solutions, voire un possible arbitrage. »

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