À l’issue du Synode sur l’Amazonie, se profile la possible ordination des « viri probati », ces « hommes mariés d’âge mûr, exemplaires sur le plan humain et chrétien » selon la définition canonique. Et pourtant, le pape François l’affirme : « Le célibat est un don pour l’Église ». Essayons de prendre du recul et de revenir sur les fondements de 2000 ans de célibat des prêtres. Le document final du Synode, entre autres mesures, ouvre la possibilité d’« ordonner prêtres des hommes idoines et reconnus par la communauté, qui ont un diaconat permanent fécond et reçoivent une formation adéquate au presbytérat, pouvant avoir une famille légalement constituée et stable ». Bien sûr, le contexte est celui de l’Amazonie, mais il s’agit bien d’une nouvelle voie d’accès au sacerdoce, strictement limitée, répondant à la préoccupation première de l’accès aux sacrements de la communauté chrétienne.

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« Certains ont choisi de ne pas se marier à cause du Royaume des cieux », dit Jésus dans l’Évangile de Matthieu (19, 12). Dès les origines du christianisme, la question du célibat est posée. Le mariage a pu apparaître comme un concurrent de la mission ecclésiale, ce que saint Paul exprimait ainsi : « Celui qui n’est pas marié a le souci des affaires du Seigneur, il cherche comment plaire au Seigneur. Celui qui est marié a le souci des affaires de cette vie, il cherche comment plaire à sa femme, et il se trouve divisé » (1 Co, 7, 32). L’émergence des Pères du désert (IIIe et IVe siècles) est la source du voeu de chasteté encore prononcé par les moines.
L’engagement des prêtres au célibat et à l’obéissance est plus tardif, car nombre de clercs étaient mariés et fondaient une famille. Au-delà des questions théologiques, c’est l’origine du dilemme, car bientôt ont prospéré de véritables dynasties sacerdotales héritant des charges ecclésiales, dilapidant les biens d’Église et contredisant aussi les puissances impériales. Au XIème siècle, la grande réforme grégorienne impose le célibat : celui qui veut être ordonné doit d’abord s’engager. Ce que confirme le deuxième concile du Latran (1139) qui précise encore que les hommes mariés ne pourront pas être ordonnés. Exigence du célibat confirmé par le concile de Trente (1545-1563), alors même qu’il est mis en cause par Luther et le protestantisme naissant.
De nos jours, le site de la Conférence des évêques de France justifie le célibat ainsi : « À l’image du Christ resté célibataire pour faire alliance avec tous les hommes, le prêtre renonce à aimer une personne en particulier pour être signe de l’amour de Dieu pour tous les hommes ». Et les papes successifs ont rappelé leur attachement au célibat des prêtres. En janvier 2019, le pape François affirmait : « Personnellement, je pense que le célibat est un don pour l’Église. Je ne suis pas d’accord pour permettre le célibat optionnel, non ».

Pourtant, la possible ordination des « viri probati » en Amazonie pourrait s’ajouter à d’autres exceptions admissibles dans l’Eglise catholique. Ainsi, dans les églises orientales - copte, melkite, maronite, chaldéenne -, rattachées à Rome, des hommes mariés sont ordonnés. Toutefois, ils ne seront pas appelés à l’épiscopat, mais exercent leur ministère au même titre que les prêtres ayant choisi le célibat au moment de leur ordination. Des hommes veufs peuvent aussi être ordonnés, à condition que leurs enfants ne soient plus à leur charge. Et n’oublions pas le cas des pasteurs protestants, anglicans pour la plupart, qui ont choisi de rallier l’Eglise catholique romaine et qui restent bien sûr mariés.

Tant d’exceptions qui marquent le besoin de l’Eglise à engager des hommes disponibles, mariés ou veufs, pour rendre accessibles les sacrements à tous les chrétiens.

Michel Rocher (source : La Croix du 27/10/19)