« Que veux-tu que je fasse pour toi ? » Cette question de Jésus à l’aveugle de Jéricho dans l’évangile selon saint Marc (10, 51), témoigne à la fois de sa sollicitude à l’égard de celui-ci, mais aussi de son respect profond pour lui. Parce qu’il est Dieu, il connait les besoins de cet homme. Il sait d’avance sa souffrance, ce qui fait son malheur, ce qui le motive à crier vers lui.
Cependant parce qu’il respecte chaque personne, il l’invite à exprimer librement son désir. Dieu a pris le ‘’risque’’ de nous créer libre et il respecte cette liberté. Il est Dieu qui ne s’impose pas dans nos vies même si son action à notre égard est une action salutaire. Il se propose. Il nous invite à accueillir librement son action, ses interventions dans nos vies. Pour Dieu, la dignité humaine n’est pas fonction de nos possibilités, de notre état de santé.

Même l’homme, le plus atteint par la maladie sous toutes ses formes, conserve sa dignité, et pour cela, il mérite d’être respecté. Le regard de Dieu sur la personne humaine dépasse son aspect extérieur. Sa dignité tient non pas de son physique, de sa productivité ou encore de son utilité dans notre société de consommation, mais de ce qu’il a de plus profond, de plus intime et que l’œil humain ne peut pas voir.
Dans une société marquée par le culte du corps, la peur de la vieillesse, de la souffrance, dans une société où tout changement dans sa structure corporelle est vécu comme un drame, dans une société où la dignité humaine se mesure par nos potentialités ou encore notre capacité à être productif, le Christ nous invite à un changement de regard.

Tout être humain quel que soit son aspect physique ou psychique, quelle que soit la couleur de sa peau, sa race ou son origine, garde toujours sa dignité. La valeur d’un homme, une fois encore, ne tient pas à ce qui se voit à l’extérieur, mais à ce qu’il est pour Dieu. Dieu, lui, ne fait pas de différence entre les êtres humains.
Entre le Rouge et le Noir, entre le Blanc et le Jaune, c’est le même souffle divin, c’est le même esprit qui nous anime. «Que veux-tu que je fasse pour toi ? » Une demande qui nous invite, aujourd’hui plus que jamais, à faire de la question de la dignité humaine une question de notre vie de foi.
« Dis-moi quel est ton regard sur ton prochain, alors je te dirai si le Dieu en qui tu crois est vraiment celui qui a créé l’homme à son image. »

Fraternellement. Père Monné YAPO