En cette époque de crise des abus sexuels dans l’Eglise qui pèsent injustement sur les épaules de nos prêtres, je voudrais leur manifester ma solidarité ainsi que ma reconnaissance envers ceux qui ont jalonné ma vie de femme, de citoyenne et m’ont aidée à tenir le cap vers Dieu.
C’est surtout aux prêtres engagés chez les Fils de la Charité que je dois beaucoup mais pas seulement. Les Fils de la charité, ordonnés pour le monde ouvrier, disons aujourd’hui le monde populaire, ont été détenteurs pendant plusieurs décennies de la paroisse Notre-Dame-de-Lourdes à Argenteuil où j’habitais enfant avec ma famille. Je dois à un premier de ces Fils d’avoir connu le mouvement des Guides, dès mes 12 ans et donc d’avoir appris que le Seigneur attendait de moi, de nous, guides, d’être généreuse et, comme le dit la prière scoute, « de nous dépenser sans attendre d’autres récompenses que celle de faire sa sainte volonté ». Par la suite, un second Fils, Joseph Poiron, me mit en selle pour aller vers les autres, le jour où le rencontrant, soutane au vent, sur sa bécane, il s’arrêta et me dit en pointant un doigt vers la fenêtre d’un petit immeuble : « Il y a là-haut une jeune immobilisée sur son lit, gravement malade et seule, ce serait bien d’aller lui faire une petite visite ». Et me voilà partie… Vers 16 ans, les jocistes succédant aux guides sur la paroisse, je m’engage dans ce mouvement de jeunes oeuvrant, à leur petite place, à la transformation du monde ouvrier, en essayant de mettre Jésus-Christ au centre de leur vie et de le faire connaître à leurs copains. C’est là qu’un autre prêtre, diocésain celui-là, le Père Jean Marty (qui allait devenir le premier curé de Sarcelles) me dit un jour, à moi qui était toute timide et souffrait d’un énorme complexe d’infériorité transmis par mes parents ouvriers d’usine : « Ce serait bien que toi aussi, tu dises ce que tu penses. Toi aussi, tu penses des choses et les autres pourraient en bénéficier ». Et ça a été le déclic. Je ne serai plus silencieuse. Dans les années qui suivront, je prenais ma place, m’engageais syndicalement, politiquement, et toujours le Christ au coeur. Des camps de jeunes de deux à trois semaines, j’ai eu l’occasion d’en animer plus d’un. Jamais je n’ai eu connaissance du moindre écart commis par le prêtre accompagnateur… alors que les escapades amoureuses d’une fille, lors d’un camp, défrayaient la chronique.
Puisse la crise actuelle de l’Eglise faire comprendre à tous le calvaire des victimes d’abus sexuels et conduire l’Eglise à « s’attaquer aux abus de pouvoir et de conscience dont les abus sexuels sont une des conséquences », comme l’a dit le pape François en août dernier, ainsi que le rappelait, dans un numéro de « La Croix », Jean-Marc Sauvé, ancien vice-président du Conseil d’Etat et président de la Commission indépendante d’enquête sur les abus sexuels dans l’Eglise catholique ».

Une paroissienne de St-François-de-Sales