Nos évêques proposent une réflexion sur la personne humaine afin d’aider les personnes de bonne volonté à mieux faire face aux défis de la bioéthique, du transhumanisme… Vous pouvez aller voir sur le portail de l’Église catholique. « Que faut-il dire aux hommes ? » C’est par le titre de Saint-Exupéry dans sa Lettre au général X que je voudrais ouvrir l’ouvrage que les évêques de France proposent à la réflexion de tous. La question en entraîne une autre : « Qu’est-ce que l’homme ? ». Le psalmiste oscille entre le sentiment de l’extrême fragilité de la vie de l’homme et celui de l’émerveillement devant l’inaliénable grandeur de sa vie :

« L’homme n’est qu’un souffle, les fils des hommes, un mensonge » ; « Tu l’as fait un peu moindre qu’un dieu, le couronnant de gloire et d’honneur ». L’homme est un mystère de faiblesse et de splendeur, tour à tour misérable esclave et capable de la liberté suprême, celle d’aimer jusqu’au don total de sa vie. Adam n’est que terre, mais il a reçu le souffle de Dieu. En tout homme, fût-il le plus obscur, brille le don d’une âme immortelle. Une autre question se pose : l’Église a-t-elle quelque chose à dire aux hommes ? On accuse souvent les religions d’être indistinctement facteur de violence. Toute légitimation de la violence au nom de la foi chrétienne est en radicale contradiction avec l’Évangile : « Nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les juifs et folie pour les païens, mais pour ceux que Dieu appelle (…) il est puissance de Dieu et sagesse de Dieu ». Le Seigneur a assumé comme prêtre et victime la puissance du Mal et de la mort pour tout vaincre dans la lumière de sa résurrection. Notre foi en Jésus ressuscité est solide, attestée par les apôtres qui ont « vu, entendu et touché » le Verbe de Vie. Elle est proclamée par le peuple immense des témoins qui ont engagé leur vie par fidélité au Christ, souvent jusqu’à la mort.
Pour qui en reste à un regard extérieur, l’Église apparaît en Occident comme une institution vieillie et secouée de scandales, qui entrave le mythe d’un progrès que l’on invoque sans trop savoir où il mène. Mais l’Église est belle pourtant dans le visage de ses saints, dans l’immense manteau de tendresse qu’elle étend sur le monde, particulièrement sur les plus délaissés des hommes. Elle est « experte en humanité » car sa foi repose sur l’Alliance de Dieu avec son peuple, accomplie dans l’Incarnation du Christ et le Salut par la Croix, ouvert à la multitude des hommes « de toute race, langue, peuple et nation ».

L’oubli de Dieu, l’estompement de la conscience de l’éternité dans le coeur de l’homme entraîne l’effacement de la dignité humaine. Le drame de l’humanisme athée qui a ravagé le XXème siècle a vu, dans des proportions jusqu’alors inégalées dans l’histoire, la mort de l’innocent. La tentation prométhéenne demeure. Elle ne pourra exaucer les hommes dans leur désir d’une vie éternelle. Elle sacrifie les plus fragiles sur l’autel d’une prétendue modernité. Nous proclamons, à temps et à contretemps, la dignité inaliénable de toute vie humaine en ce monde. Jésus, le Fils de Dieu fait homme, est l’amour divin déployé dans la vulnérabilité de la chair. Une société est vraiment humaine quand elle se fait gardienne du plus petit des êtres. Laissez-moi simplement vous poser la question : quelle est votre espérance ? Puisse cet ouvrage vous donner de devenir davantage ce que vous êtes en vous ouvrant à « Celui qui est », le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, dont la gloire resplendit sur la Face du Christ.

Mgr Aupetit, Archevêque de Paris