Je vous propose, pour la Pentecôte, le texte d’un ami prêtre retraité de 88 ans qui, j’espère, vous touchera. (Guillaume Villatte, prêtre, Curé de la Paroisse du Plessis-Bouchard et de Franconville-gare)

Mon corps et moi ne faisons qu’un, et pourtant à l’instant où mon coeur charnel cessera de battre aux rythmes de la terre, mon coeur enflammé dans l’Esprit ne pourra pas cesser d’aimer, puisqu’il a accepté la promesse d’une aube nouvelle faite à qui vit et croit en toi, Jésus-Christ.
Échappant aux cycles planétaires qui marquent les temps et à l’usure de nos organismes animés, abîmés, réparés et voués à s’éteindre comme bois consumé, je quitterai discrètement la grande célébration mondiale de la vie humaine, accueilli par les anges au seuil de la tombe passagère, notre chemin à tous.

On dira : « il est mort »… Et les anges de service à ce moment-là pourront m’inviter ainsi : « Entre dans la joie de ton Seigneur ! Ce qu’il te restait d’orgueil a été anéanti, noyé dans le sang sacré de notre Sauveur, et les pauvres, déjà attablés au partage du Pain de pur froment, te revêtiront de la tunique sans couture, offerte par le Père et donnée par le Fils qui s’en est dépouillé librement et l’a multipliée à l’infini. Marie l’avait tissée avec amour au souffle de l’Esprit, et sa joie est immense de vous en voir, à votre tour, revêtus, car elle vous a aimés, vous, les frères et soeurs de son fils avec qui elle a prié dans l’attente de la Pentecôte, désormais prolongée jusqu’à la fin des temps ».

Je peux dire à mon corps : « souviens-toi que tu es uni à l’Esprit et que tu retourneras à l’Esprit ! Par l’Esprit, l’incorruptibilité te sera donnée au Jour de la Résurrection quand reviendra le premier-né de l’humanité nouvelle délivrée de tout mal ». Ne me quitte pas ! Ne me quitte pas ! Telle est ma prière, alors que l’oeuvre humaine ressemble à un château de sable au bord de l’océan, sapé par les vagues renaissantes des fureurs humaines, entouré des milliards de galaxies dont l’ordonnancement peut être déréglé soudain par un caillou venu des grands espaces…

« Ne nous quitte pas, Esprit Saint du Père et du Fils, puisqu’il nous faut sans cesse, et de bon coeur, oeuvrer humblement au chantier du Royaume de l’indestructible Amour, dans la lumière ou le brouillard en pleine conscience ou dans la nuit.

Georges Moujot prêtre