C’est une belle bâtisse non loin de chez nous, sur les hauteurs de Taverny (Vald’Oise). Le parc couvre quatre hectares, en bordure de la forêt de Montmorency. D’un côté, une église du XIIIe siècle et son cimetière. De l’autre, une base militaire. En contrebas, quelques maisons et des immeubles de standing. Un cadre idéal, pensait la Croix-Rouge, pour implanter en 2003 le centre d’accueil pour enfants isolés. Le gouvernement lui a demandé de créer ce centre pour mettre à l’abri ces enfants étrangers qui débarquent seuls à Roissy, proies idéales pour proxénètes et réseaux en tous genres.

Le LAO (Lieu d’Accueil et d’Orientation) de Taverny, c’est un centre unique en France, et les 30 lits sont toujours complets. C’est bien peu sachant que 1000 à 1500 mineurs arrivent chaque année à Roissy et qu’un tiers des enfants seulement transitent par Taverny. La plupart des enfants sont pris en charge par les services départementaux d’aide sociale à l’enfance. D’autres errent dans les rues et parfois ont moins de 10 ans. Justement, il est prévu de construire un secteur dédié aux mineurs dans la zone de rétention de Roissy. En tous cas, l’ordonnance du 26 avril est claire : « L’étranger mineur ne peut faire l’objet ni d’un arrêté d’expulsion, ni d’une mesure de reconduite à la frontière. ».

Pourquoi ces enfants partent-ils seuls vers l’Europe incertaine ? Certains fuient les persécutions politiques, qui ont provoqué la mort de leurs parents. Il y a aussi ceux qui fuient pour ne pas être enrôlés comme enfants soldats et que leur famille tente de mettre à l’écart. Il y a surtout ceux qui viennent en France pour gagner leur vie et celle de leurs proches. La plupart auront alors une grosse dette à rembourser soit à leur famille, soit à celui qui a prêté pour le passeur. Certains doivent rembourser rapidement ; d’autres se voient donner le temps d’entreprendre des études. En cas de défaillance, beaucoup d’enfants se retrouvent sur les trottoirs de Paris ou dans des ateliers clandestins.

A Taverny, sans papiers, sans parents, sans un mot de français, ces jeunes sont accueillis quelques mois au « château ». Des activités sont proposées : cours de langues, travaux manuels, jeux et sports. Mais les sourires de l’enfance reviennent peu souvent et un tiers des enfants, sans repères et peu sociables, préfèrent fuguer du centre et rejoindre un parent, dont ils ont les coordonnées en France ou ailleurs. Les autres sont bientôt placés dans des foyers ou des familles d’accueil. Le centre de Taverny voit sa population changer souvent et la Croix Rouge se heurte à deux grandes difficultés : la défiance du voisinage qui s’exprime à travers des pétitions et le désengagement partiel de l’Etat en 2009, qui demande aux conseils généraux de la région parisienne de financer le centre, toujours déficitaire.

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La France n’a pas pris la mesure d’un type d’immigration qui augmente pourtant. En France, 4000 à 6000 enfants mineurs isolés sont pris plus ou moins en charge jusqu’à leurs 18 ans, âge où les adolescents doivent régulariser leur situation, sous peine d’expulsion. La création de nouveaux lieux d’accueil, d’orientation et de prise en charge adaptée est une urgente nécessité.

A notre échelle, nous devons signaler tout enfant abandonné dans la rue et nous pouvons soutenir la Croix Rouge (98 rue Didot- 75694 Paris Cedex 14 - Tel : 01 44 43 11 00 – www.croix-rouge.fr) pour sa remarquable contribution à l’accueil des jeunes migrants à leur descente d’avion à Roissy puis à Taverny.

Michel ROCHER