Croyant manger du boeuf, des consommateurs ont absorbé du cheval ! La belle affaire ! Mais depuis 10 jours, cette histoire fait l’ouverture de tous les journaux parlés ou télévisés comme si c’était un nouveau Hiroshima. Dans le même temps à Nantes (mais cela ne mérite sans doute pas qu’on s’y attarde aussi longuement), un homme de 42 ans s’est donné la mort devant une agence Pôle Emploi parce que ses droits à indemnisation pour chômage étaient épuisés. En toute justice, il avait eu des droits, mais la justice, si nécessaire qu’elle soit, ne suffit pas, et ses droits étaient terminés. Il aurait fallu aller plus loin que les droits, que la simple justice, mais ce n’était pas prévu par le règlement. Il avait préparé son geste, il l’avait annoncé, il l’a fait. Pas question bien sûr, de mettre en cause les salariés de Pôle Emploi dont tout porte à croire qu’ils ont fait leur travail consciencieusement. Et voilà que dans notre beau pays de France, un être humain a pu être mis dans une situation telle qu’il s’est senti retranché de la société des humains. Il n’a pu voir pour lui d’autre chemin que de mettre fin à ses jours.

On mène de grands combats pour la liberté et pour l’égalité, mais la FRATERNITE qui fait partie de la devise de notre république, qu’est-elle devenue ? Qui s’en soucie ? « Liberté, Egalité, Choucroute ! » criait jadis de manière grinçante un humoriste pour dénoncer ce repli de chacun sur son intérêt individuel au détriment de l’attention bienveillante dont chacun devrait être l’objet de la part de tous. Maintenant, on a remplacé la fraternité dont on ne parle plus, par la tolérance. Tolérance, cela veut dire à peu près : du moment que cela ne me gêne pas trop, ou que je n’y peux rien changer, je te supporte, mais je vais essayer de ne pas être trop dérangé par toi. Pour nous, disciples du Christ, ce qui nous est demandé, ce n’est pas de tolérer notre prochain mais, à la demande de notre Seigneur qui a poussé la CHARITE jusqu’à la Croix, de donner (de) notre vie pour nos frères. « Voici à quoi nous avons reconnu l’Amour : Lui, Jésus, a donné sa vie pour nous. Eh bien nous aussi, nous devons donner notre vie pour nos frères. » (1° lettre de St Jean 3,16)

Bien sûr, dans ce monde, nous n’avons pas toujours de leçon à donner aux autres ni à nous donner en exemple, comme si notre foi nous exemptait à tout coup du poison de l’indifférence ou de la peur de nous exposer aux ennuis. Mais au début de ce Carême, nous voulons entendre un appel de la part du Christ (et ce fait divers affreux peut en être un écho). Pour nous-mêmes, comme dans les relations dans lesquelles nous sommes engagés quotidiennement, ne pas nous résigner, ne pas céder à cette tentation du repli sur soi, si prégnante quand la société semble se défaire aux vents mauvais de la crise et du manque de perspective d’avenir. Etre dans ce monde, de ceux qui ne renonceront jamais, même par de tout petits gestes du quotidien, à ce que se tissent et se renforcent ces fils qui nous relient les uns aux autres. Que plus jamais un seul frère humain ne puisse se sentir le maillon faible qui n’est bon qu’à être éliminé.

Père Jean-Pierre