Alors, qu’est-ce qu’un Rom ?

Aux yeux de ceux qu’on appelle ainsi, le groupe « Rom » en tant que minorité transnationale européenne n’a pas de sens. Il y a plus de points communs entre un Roumain et un Rom roumain qu’entre un Rom roumain et un Gitan andalou. Chaque groupe est le produit d’un contexte local. Le seul point qu’ils ont en commun est la manière dont ils sont rangés dans la même catégorie par les sociétés européennes.
Les Roms dont parle la presse en ce moment sont roumains. Ils ont émigré dans les années 1990 quand toutes les couches populaires de Roumanie ont été appauvries par l’avènement d’une économie de marché débridée. Comme les précédents migrants, ils sont venus à l’Ouest pour gagner de l’argent avec la perspective de revenir « au pays » qu’ils considèrent comme le leur.

A quoi sont dues les discriminations dont ils font l’objet ?

Le préjugé se reproduit tout seul : si on pense qu’un Rom, c’est quelqu’un qui mendie et vit dans un bidonville, on ne verra que ceux qui vivent dans ces conditions et ceux qui en sont sortis, on ne les verra plus. D’autre part, en France, les Roms sont exclus du marché du travail. Comme ils sont issus de milieux ruraux, ils utilisent des savoir-faire pour réaliser des besognes en marge de la légalité : récupération de métaux, vente de fleurs, mendicité, etc. En Roumanie, avant la chute du mur, certains travaillaient comme ouvriers d’usine d’Etat et étaient sédentaires. Ce sont leurs conditions d’existence qui les mènent à ce mode de vie, et non une quelconque caractéristique ethnique.

Martin OLIVERA, anthropologue, membre de l’Observatoire européen Urba-Rom.
Interrogé dans LA CROIX du 13 août 2.012.