Un documentaire rare est à voir depuis mercredi 12 septembre au cinéma (à Paris surtout). Il est réalisé par le grand cinéaste allemand Wim Wenders, peu réputé pour l’affirmation de sa foi. Il a répondu à une demande du Vatican, qui a d’ailleurs coproduit ce film sur le pape François.

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« Ce n’est pas un film sur lui, mais avec lui », a expliqué Wim Wenders. Le cinéaste qui poursuit là une oeuvre documentaire engagée il y a une vingtaine d’années, nous offre une plongée dans la parole singulière d’un pape qui appelle à revenir à l’essentiel, la recherche du bien commun. Le pape a choisi de s’appeler François et, pour le réalisateur, c’est une vraie réponse aux enjeux écologiques et à l’amplification des inégalités dans le monde. Son film est d’ailleurs émaillé de saynètes évoquant la vie de François d’Assise dans le style des années 50.
Le pape s’est entretenu à quatre reprises en 2015 et 2016 avec Wim Wenders et a pu ainsi reprendre ses condamnations de la « la globalisation de l’indifférence », de l’inégale répartition des richesses, du refus d’accueillir les migrants et son appel au dialogue avec les musulmans. C’est une image rare que de voir le pape filmé en gros plan face caméra, comme s’il s’adressait à chacun de nous, avec un langage simple. Il délivre des conseils pour être à l’écoute de l’autre, pour combattre l’accélération du temps, pour se réconcilier avec la mort (« nous ne sommes pas des machines »). Il est peu question de foi dans le film. C’est un choix délibéré de Wim Wenders qui a voulu mettre l’accent sur la parole d’un homme de combat et non sur les écrits des Evangiles qui pourtant en sont la source. Mais ce n’est pas non plus une biographie ou une analyse du pontificat. Les images d’archives sont là pour ponctuer les propos du pape et démontrer que l’homme de parole est aussi un homme d’actions : le discours à la Curie sur les 15 « maladies » de l’Église, l’encyclique Laudato Si sur les questions écologiques, le discours aux Nations unies appelant les dirigeants du monde à un examen de conscience, le voyage à Yad Vashem, le pape aux côtés des migrants à Lesbos, la visite aux pauvres dans les favelas de Rio, le lavement des pieds des prisonniers aux États-Unis...
« Le pape, un homme de parole » n’est finalement pas éloigné du précédent documentaire de Wim Wenders, « Le sel de la terre », où un photographe franco-brésilien Sébastiao Salgado explique comment il est devenu, grâce à ses campagnes de prises de vues sur les hommes et la nature, un authentique lanceur d’alerte pour la sauvegarde de la planète et de l’humanité.
C’est ainsi qu’apparait à l’écran le pape François, un supplément d’âme en plus.

Michel Rocher