La perspective du Carême peut être source de plusieurs réactions :

La première serait une sorte d’appréhension devant les efforts de conversion que nous serons appelés à vivre. La deuxième, une réaction d’habitude, de déjà vu qui fait que nous ne bougerons pas ou presque pas … À quoi bon ! La troisième pourrait être une joie.
Oui une joie ! Celle de découvrir que Dieu se fait proche de nous et nous tend la main. La joie de se tourner davantage vers le Seigneur et dans le même mouvement d’expérimenter une force qui nous libère de nos penchants mauvais et fait monter en nous le meilleur de nous-mêmes. Oui, par les moyens qu’à la suite du Seigneur, l’Église nous invite à mettre en oeuvre chaque jour (prière, ascèse, aumône), offrons-nous à l’action de l’Esprit de Dieu. Nous retrouverons ensemble la joie d’être un peuple de fils et de filles de Dieu appelés à la liberté. Un peuple ayant la joie d’être revêtu de la sainteté de son Dieu. C’est bien la promesse qui nous est faite depuis notre baptême ! Voici, une belle comparaison qui pourra nous aider sur ce chemin (Cardinal Ratzinger, dans « Appelés à la communion » Fayard 1993, pages 122-123) :

« Saint Bonaventure explique le chemin par lequel l’homme devient véritablement lui-même en s’appuyant sur la comparaison du sculpteur. Le sculpteur ne fait pas quelque chose, déclare le grand théologien franciscain ; au contraire, il opère une « ablation » qui consiste à éliminer, à ôter ce qui n’est pas authentique. Ainsi grâce à « l’ablation » émerge la « forme noble », la forme précieuse. Pareillement, l’homme, pour que resplendisse en lui l’image de Dieu, doit avant tout et par-dessus tout accueillir cette purification par laquelle le sculpteur, c’est-à-dire Dieu, le libère de toutes scories (saletés) qui défigurent son être en lui donnant l’aspect d’un grossier bloc de pierre, alors qu’il est habité par la forme divine (« Image et ressemblance de Dieu »).

SI NOUS AVONS BIEN COMPRIS CETTE IMAGE, NOUS POUVONS AUSSI L’UTILISER COMME GUIDE POUR LA RÉFORME DE L’ÉGLISE…Une réforme, c’est toujours une nouvelle « ablation » : supprimer, pour qu’apparaisse « la forme noble, précieuse »… C’est seulement de cette façon que pénètre le Divin et que naît une assemblée, une purification, cette communauté pure à laquelle nous aspirons… L’activiste qui veut toujours agir, place sa propre activité au-dessus de tout. Il limite donc son horizon au domaine du faisable, de ce qui peut devenir objet de son action…Le véritable étonnement, au contraire dispose l’homme à l’acte de foi qui lui ouvre tout grand l’horizon sur l’Éternel et sur l’infini… « L’ablation » première et fondamentale, nécessaire à l’Église, c’est l’acte de foi toujours neuf : il fait éclater les limites du fini et ouvre l’espace qui nous permettra d’atteindre l’infini. La foi nous conduit « loin, dans des terres illimitées » comme disent les psaumes (ex. : Ps. 31 (30), 9). »

Que l’Esprit du Seigneur qui anime notre communauté paroissiale et chacun de ses membres, que ce même Esprit « nous pousse » avec le Christ vers la joie de ce Carême en nous laissant surprendre par la grâce de Dieu.

Guillaume Villatte,  prêtre
Curé du Plessis-Bouchard et de Franconville-gare