Discuter : un art qui s’apprend. Car écouter l’autre, le respecter dans ses choix cela s’apprend. Et le goût pour la discussion chez l’enfant se transmet d’abord en famille, comme le souligne le magazine « L’1nvisible » (n° de décembre). Que répondre à son jeune enfant quand il rentre de l'école, triste et contrarié, parce que son meilleur copain lui a asséné que l'amitié entre eux n'était pas possible, puisqu’ils sont de religions différentes ?
A cet âge, le risque des réactions primaires est grand : je t'aime, je t'aime plus… Pourtant, il faut apprendre à débattre et la famille a un rôle majeur dans la formation de son jugement. Et dans la recherche du bon équilibre entre le droit de défendre sa pratique religieuse et le devoir de respecter les différences avec ses camarades.

Dès son plus jeune âge, l'enfant doit être écouté et quand il commence à dire « non », les parents doivent lui faire comprendre qu'il continue à être écouté et aimé. Le neuro-pédiatre, Alain de Broca, valorise le rôle de la lecture et du jeu : « Après avoir demandé à l’enfant ce qu’il a saisi et pensé d’un livre, on peut très bien lui dire qu’on a compris et vu autre chose. Cela permet de montrer que, face à une même histoire, chacun réagit différemment. Au fond, s’initier à l’art de la discussion, c’est d’abord comprendre qu’à plusieurs on voit plus de choses que tout seul. Sinon, je ne vois pas comment il aura un jour le goût de la discussion ».
Sur les questions d'appartenance religieuse ou culturelle, les parents mais aussi les grands-parents sont en première ligne. A côté de l'école, ils peuvent aider à comprendre pourquoi les grandes religions sont respectables et à partir de quel point elles dérapent dans autre chose, la violence et l'inhumain. A eux aussi de surveiller les signes d’intolérance qui peuvent se développer chez les adolescents. Quand ils cherchent à s'émanciper et à adopter les attitudes de leurs clans, les parents contradicteurs sont les bienvenus, pas les opposants systématiques. Ils doivent aider les ados à affiner leur argumentation et à rechercher des informations fiables pour étayer leur raisonnement. Heureusement, et pour tous les âges, ils peuvent être assistés par des magazines.

Michel Rocher (Source : l’1visible)