Au centre Saint Exupéry de Franconville, le 28 avril, nous étions 4 de la Paroisse, parmi les 200 spectateurs, à écouter un conférencier pas comme les autres, le Père Guy Gilbert. Il était là avec son blouson de cuir, offert par le Président Sarkozy, sa longue chevelure grise et ses bagues de motard. Il était surtout là pour faire écouter sa différence.

Ce jour là, il était l'invité de l'Institution Jeanne d'Arc, grâce à l'entremise d'une infirmière qui le connaît bien. Avant la soirée, il avait déjà rencontré les élèves de l'établissement, se faisant un devoir de les sortir de leur petit confort apparent, en leur racontant la réalité des loubards de la rue. Et le soir, avec nous, il interpella joyeusement les "vieux et vieilles" venus l'écouter. Étaient-ils tous catholiques, pieux, engagés ? : Difficile à dire, mais Guy Gilbert a cherché à savoir qui votait à gauche et certains ne se sont pas dérobés.

Très vite, l'orateur nous a parlé de sexualité, histoire de rappeler ses convictions sur le sacerdoce des hommes mariés, l'utilité du préservatif et son refus de donner le sacrement de mariage aux jeunes vite affolés par la perspective de cinquante ans de vie commune. Puis il a raconté son itinéraire, toujours en fidélité à l'Eglise mais en marge de ses pesanteurs. Evoquant sa rencontre avec les jeunes tantôt, il précisa ensuite les commandements d'une bonne éducation des enfants: passer beaucoup de temps avec eux, leur apprendre le sens du bien et du mal, les responsabiliser pour les rendre autonomes. Les questions de la salle ont particulièrement porté sur le sort des divorcés. Pour le père, c'est une question de fidélité à une alliance sacrée et si le mariage n'est plus sacré, l'église n'aura plus d'argument. Ce propos qu'on peut juger pessimiste en rejoint d'autres sur les enfants non éduqués et les familles démissionnaires. Mais la confiance de Guy Gilbert en l'homme est éperdue

Pour en témoigner, Guy Gilbert commente alors un diaporama superbe sur sa grande oeuvre de Faucon. Dans ce village des Alpes de Haute Provence, il a restauré avec des jeunes fuyant les risques des cités une bergerie, devenue peu à peu un parc animalier. C'est dans ce havre de paix, qu'il reçoit avec des éducateurs spécialisés une dizaine de jeunes, parmi les moins récupérables. Enfance brisée, innocence pervertie, besoin d'amour insatisfait: tout conduit ces enfants à repousser les adultes. La méfiance peut aller jusqu'au manque de respect et quand celui-ci devient insultant, le père corrige la trajectoire d'une "droite évangélique" suivie d'une bénédiction. Et puis, les enfants découvrent les animaux, et tout change car ils découvrent le plaisir de les soigner et de les nourrir, l'amour, la confiance mutuelle. Après leur séjour à Faucon, les jeunes ne sont pas oubliés. Guy Gilbert tient à les accompagner dans les beaux moments et dans les galères. Même si celles-ci deviennent contraignantes et terribles, le père est là: en prison, à l'hôpital, au seuil de la mort... Tout le temps, la part d'humanité recèle « une part de cristal », et Guy Gilbert la cherche tout le temps.

Il éveille en nous la conscience que ses priorités devraient être les nôtres mais aussi que notre courage est bien trop maigre. Mais au delà de son exemple, il partage ses leçons de vie chrétienne, qui sont à notre portée: le devoir d'aimer, le besoin de prier, la confiance en l'Eglise, la recherche de la Vérité. Finalement avec lui, l'habit fait bien le moine !
Michel Rocher