Sous ce titre, la Croix avait publié il y a quelques mois un article signé Emmanuelle Lucas, susceptible de nous intéresser en cette période de crise où certains se posent la question : comment préparer les enfants à un monde difficile ? Faut-il, face à un monde devenu stressant, dire aux enfants : « La vie est une jungle, bats-toi, sois le meilleur, sois un « battant» ? Ou, mu par des convictions chrétiennes, les encourager à tendre la joue gauche, à être attentifs aux plus petits, au risque d’en faire des inadaptés ?

Interrogé par Emmanuelle Lucas, Jacques de Coulon, professeur de philosophie et ancien recteur du collège Saint-Michel à Fribourg (Suisse) répond : « Le terme de « battant » est un piège. Il peut être sous-tendu par (…) une idéologie selon laquelle le plus fort gagne s’il écrase les plus faibles. Je n’y crois pas du tout, car en tant qu’enseignant j’ai vu beaucoup d’enfants craquer, faire des dépressions sous la pression. Vouloir faire des battants à tout prix peut donc aboutir à faire des battus. Pour autant, il ne s’agit pas non plus de faire des enfants des bonnes poires un peu naïves qui acceptent leur sort avec résignation (…) Quand le monde est dur, inculquer les grandes valeurs humanistes reste ainsi très important pour ne pas aboutir à des adultes enfermés dans leur bulle d’individualisme. Pour ce spécialiste en éducation, les deux boussoles à offrir aux enfants sont : l’autonomie et la coopération. L’autonomie, supposant une solidité intérieure, qui leur permettra de faire le tri entre ce que pensent les copains, les médias et de se forger un jugement propre ; et la coopération qui suppose écoute et solidarité parce qu’elle est bénéfique alors qu’il « est vain de s’épuiser en lutte contre les autres ». Et à l’appui de ses dires, le professeur Coulon cite l’exemple de deux classes terminales dont les résultats au bac seront différents : l’une où les élèves coopèrent, les meilleurs aidant les plus faibles ; l’autre, meilleure mais plus individualiste. Celle où l’entraide règne étant celle qui aura les meilleurs résultats au bac.

Jacqueline HUBER (Source, « La Croix du 8 avril 2015 »)

A table, on parle , recommande le pape François.

Au menu d’une des dernières homélies dominicales du Pape François : la convivialité familiale (1). Elle consiste « à partager les biens de la vie et à être heureux de pouvoir le faire ». Et pas de meilleur thermomètre, aux yeux du Pape, pour mesurer la santé familiale, que le repas. « Au cours du repas, on partage plus que de la nourriture : des affections, des récits, des événements. Et si, dans une famille il y a quelque chose qui ne va pas ou quelque blessure cachée, à table on le comprend tout de suite », dit-il. Ajoutant : une famille qui ne mange presque jamais ensemble où, à table, l’on ne parle pas mais où chacun est rivé à la télé, à son portable ou à son smartphone, « c’est une famille peu famille ». Et il n’hésite pas à comparer cette famille où, de fait, chacun est dans son monde, où l’on ne s’écoute pas les uns les autres, à « une maison de retraite ». « Nous devons récupérer cette convivialité familiale. A table on parle, à table on écoute. Pas de silence, ce silence qui (…) est celui de l’égoïsme, du chacun pour soi, l’un regarde la télé, l’autre joue avec son téléphone portable et on ne parle pas..». Le Pape en profitant pour pointer les incitations de la publicité à s’offrir de petites collations ou à manger des gâteaux « alors que trop de frères et soeurs restent à l’extérieur de la table. C’est une honte ». Regardons le mystère du banquet eucharistique, le Seigneur rompt son corps et verse son sang pour tous… Et de rappeler que le christianisme a « une vocation spéciale à la convivialité » ! JH (1) Homélies retransmises, le dimanche matin sur Radio Notre-Dame (FM 100.7).