Quelle drôle d’idée de rapprocher « Dieu » et « corps » ! Cela semble parfaitement incompatible, scandale pour les juifs et folie pour les païens. Et c’est pourtant le coeur de notre foi, Dieu a pris corps en notre humanité, non point une apparence d’homme, mais un homme véritable avec un corps capable de souffrir, de mourir, un corps masculin, corps situé dans le temps et dans l’espace humain. Comme le dit l’Ecriture, « Il a planté sa tente parmi nous » (Jean 1). La tente, c’est le rappel du temps où les premiers croyants étaient des nomades avant leur entrée en Terre Promise. C’est aussi l’origine du mot tabernacle, ce coffret où se tient la Présence Réelle du Christ signalée à l’église par une petite lampe rouge. Il l’avait promis : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » (Matt 28). Il habite réellement parmi nous, pas seulement parmi les chrétiens, mais parmi tous les hommes même ceux qui n’entrent jamais dans l’église.

En nourrissant son peuple dans le désert par le don de la manne, Dieu annonçait un autre Pain de Vie. En multipliant les pains pour la foule affamée, Jésus proclamait une autre nourriture pour une autre faim que celle des estomacs. Le Corps du Christ est un Corps livré ; son Sang, un Sang versé. Il l’avait dit : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » Il l’a fait un jour du temps en mourant sur la Croix. Et Il continue de le faire au présent chaque fois que j’ouvre les mains et la bouche pour manger son Pain. « Celui qui mange ma Chair et boit mon Sang vivra de la Vie éternelle ». Devant ce don total que Dieu nous fait de Lui-même, ébahis de tant d’amour, que dire sinon rendre grâce ? « Béni sois-Tu, Seigneur Dieu de l’univers » s’exclame le prêtre au cours de la messe. Et, au moment de communier : « Que pourrais-je rendre au Seigneur pour le Don qu’Il m’a fait ? J’élèverai la Coupe du salut et je célébrerai le Nom du Seigneur ». Ce chant d’amour, ce merci, c’est ce que veut dire « Eucharistie ».

Imaginez-vous le nombre de fois que le prêtre qui donne la Communion peut dire « Le Corps du Christ » ? Des milliers et des milliers de fois au cours d’une vie. Je vous fais un aveu : cela ne m’a jamais lassé, jamais je n’ai pu faire ce geste et dire cette parole de manière automatique. C’est toujours aussi beau, peut-être plus, qu’au premier jour. C’est qu’à chaque fois, c’est le Christ qui vous nourrit de Lui et vous fait devenir ce que vous êtes, le Corps du Christ. Comme vous faites bien de Lui dire alors un « AMEN » qui sort du plus profond de votre être ! « Si tu savais le Don de Dieu ! » nous dit le Seigneur après l’avoir dit jadis à la femme de Samarie. C’est vrai aussi bien pour les enfants qui commencent à communier, que pour les anciens de longue pratique religieuse : qui pourrait prendre la mesure d’un pareil Don ? Toute notre vie, ni toute notre éternité n’y suffiraient. Il nous est proposé ce dimanche de venir nous exposer au Saint Sacrement entre 15 h et 18 h à l’église St-Nicolas. Et si l’enjeu de ce face-à-face était de laisser le Seigneur accroître tout à la fois :

· NOTRE FAIM. Si souvent risquons-nous de communier machinalement, sans mesurer assez la portée de ce qui nous est offert, d’être comme des enfants qui « chipotent » à table devant les mets qui leur sont proposés.
· NOTRE MERCI en prenant le temps de Le laisser nous faire aller plus loin dans la découverte de l’amour qu’Il nous manifeste, à nous et à tous les hommes.

Père Jean-Pierre