La foi chrétienne permet de toujours voir le bon côté des choses, que nous soyons en vacances ou au travail. Pour rendre grâce à Dieu, n’importe où. Mais, un lieu comme Auschwitz permet-il de trouver que la vie est toujours belle ? Laissons-nous guider par Etty Hillesum.
Le journal et les lettres d’une jeune femme, morte à 27 ans à Auschwitz le 30 novembre 1943, ont été publiés pour la première fois en 1981. Elle était juive d’origine néerlandaise et s’appelait Etty Hillesum. C’était une intellectuelle intelligente, très sensible, pleine de vie, au caractère passionné. Elle menait une vie insouciante, entourée de nombreux amis. Ce journal est une méditation qui montre son évolution personnelle. Il a été publié en France sous le titre : « Une vie bouleversée » (Editions Points) en 1985.
Grâce à un ami, elle lisait l’Evangile et les lettres de Saint Augustin et on la voit accorder de plus en plus d’importance à la prière. En juillet 42, elle fut engagée au Conseil juif d’Amsterdam : ce qui lui donnait une position de privilégiée et la protégeait des rafles. Mais elle aimait ses semblables et voulut vivre avec eux dans le camp de Westerbork, aux Pays-Bas, camp de transit avant la déportation en Pologne ou en Allemagne. Elle y assurait un service d’aide sociale. Elle apportait à chacun son aide, une couverture, un biberon, la chaleur de son sourire rayonnant et veillait aussi à ce que le courrier des prisonniers parvienne bien à leurs familles.
Malgré la détresse, elle pense que la vie est une chose merveilleuse et grande et qu’à chaque nouvelle cruauté, il faut opposer un petit supplément d’amour et de bonté à conquérir sur soi-même. Quand elle contemple la nature, à travers les fils barbelés, elle rend grâce à Dieu pour le bonheur et l’apaisement qu’elle ressent. Personne ne pourra les lui enlever. Au fil de son journal, la prière prend de plus en plus de place. Etty écrit : « La vie que je mène ici n’entame guère mon capital d’énergie. Le physique se délabre bien un peu mais dans le noyau de son être, on devient de plus en plus fort ». Elle est convaincue que c’est en aidant les autres que l’on peut remettre Dieu au jour et elle lui dit : « Ce n’est pas à toi de nous aider mais c’est à nous de t’aider pour que le monde soit meilleur ». Les prisonniers du camp, autour d’elle, s’étonnent de sa joie et lui reproche sa soumission aux Nazis mais sa résistance est ailleurs. Elle écrit : « Les menaces extérieures s’aggravent sans cesse et la terreur s’accroît de jour en jour. J’élève la prière autour de moi comme un mur protecteur ». La haine n’est pas dans son registre. Etty croit en l’homme : « Si j’aime les êtres avec tant d’ardeur, c’est qu’en chacun d’eux j’aime une parcelle de toi, mon Dieu ».
Etty éprouve du bonheur. Et ce bonheur, elle l’explique par le recueillement dans la couche la plus profonde d’elle-même qu’elle nomme Dieu. Elle se sent sereine et rayonnante, parce qu’elle est dans les bras de Dieu pour l’éternité. Elle écrit : « Je crois en Dieu. Et je veux me planter au beau milieu de ce que les gens appellent des atrocités et dire et répéter : la vie est belle ». Les derniers mots de son journal, en octobre 1942 sont : « On voudrait être un baume versé sur tant de plaies ».

Marie-Hélène ROCHER

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