Le Mondial de Football a commencé en Russie et le magazine « Famille chrétienne » a eu la bonne idée de jeter un coup de projecteur sur les gestes religieux des joueurs, notamment en Equipe de France. Dieu serait-il de retour sur les stades ? Improbable mais vrai, la religion est de retour chez les Bleus. Vous apercevrez peut-être, cet été, le Christ tatoué sur l’épaule d’Antoine Griezmann, Thomas Lemar, Florian Thauvin, Blaise Matuidi faisant le signe de croix ou Olivier Giroud remerciant le Ciel à genoux après un but.
Mais comment Dieu est-II entré sur les terrains de foot ? À l’origine, de nombreux clubs professionnels, comme l’Association de la Jeunesse Auxerroise (AJA) et même la Fédération Française de Football, sont issus de patronages paroissiaux fondés au XIXème siècle pour éduquer chrétiennement les jeunes des classes populaires via le sport. Au début des années 2000, c’est une autre religion qui se diffuse dans le football français. La montée de l’islam se manifeste par de nombreuses conversions de joueurs comme Franck Ribéry, Nicolas Anelka, Éric Abidal. L’équipe de France passe au tout halal sous Domenech, un imam autorise les joueurs comme Abidal à repousser leur ramadan. Parallèlement, le rapport des joueurs avec la France est conflictuel, symbolisé par le refus de certains de chanter La Marseillaise. Cette omniprésence de l’islam est typique du football français.
L’arrivée des grands footballeurs sud-américains en ligue 1, comme Edinson Cavani, Radamel Falcao, et les Brésiliens (Lucas Moura, Thiago Silva, Maxwell Scherrer, Cabelino Andrade, David Luiz...) change la donne. Certains évangélisent même leurs co-équipiers. Ainsi, Marcos Ceará, ancien capitaine brésilien du PSG, et Oscar Ewolo, capitaine congolais de Lorient ou Brest, exemplaires sur le terrain et prêcheurs en dehors. Ils touchent, loin des regards, le coeur de certains joueurs français. Tandis que les débats sur la religion et le foot se concentrent sur le respect du ramadan, les prières dans les vestiaires, la nourriture halal, de nombreux joueurs français se mettent à affirmer leur appartenance chrétienne. Plus intensément qu’un simple héritage culturel. En équipe de France, on en voit des premiers exemples à la Coupe du monde 2014 avec des témoignages de Yohan Cabaye et Mathieu Debuchy parlant avec déférence de leur religion catholique. En préparation de l’Euro, l’attaquant titulaire des Bleus, Olivier Giroud, surprend en choisissant de parler de sa relation avec Jésus dans une vidéo de la Fédération Française de Football. Un témoignage inédit pour un joueur français, mais pas isolé : lorsqu’on demande à son remplaçant en sélection, André-Pierre Gignac, quel est son personnage de référence, celui-ci répond « Jésus-Christ ». C’est une réalité, mais qui reste dans l’ombre. Le maire de Clairefontaine racontait avec étonnement la demande du staff des Bleus de pouvoir accéder à l’église du village pendant l’Euro 2016 : « Il y a des joueurs qui voudraient se recueillir ». « Alors j’ai fait ouvrir l’église deux heures, et certains joueurs sont venus prier incognito ».

Samuel Pruvot (« Famille Chrétienne » du 05/06/18)