Pendant le temps de son enfance, sa conversation avec Jésus était simple et enthousiaste. Mais, avec le temps, sa prière devint aride. Pourtant, elle voulait tenir bon. Elle voulait rester dans l’oraison pour consacrer à Dieu et son corps et son temps. Malgré l’apparence de sécheresse et de vide, elle consacrait à Dieu sa force, son être ; c’était une offrande à son Amour. De plus, quand la prière devenait difficile, elle avait recours à un livre, comme l’Evangile où elle découvrait toujours « de nouvelles lumières, des sens cachés et mystérieux ».

L’oraison est affaire d’amour et non d’abord de pensée. Ce qu’il est important d’orienter vers la prière, c’est le coeur et non l’intelligence. Thérèse, en cet intense désir d’aimer, n’avait qu’un mouvement, le mouvement suprême de l’abandon. Elle se déposait comme un tout petit entre les bras de Jésus, pour qu’Il l’élève Lui-même jusqu’au sommet de la montagne de l’Amour. Elle se livrait à l’initiative de l’Esprit et c’était pour elle l’ouverture à la vie supérieure. Elle sortait de ses propres limites et recevait en partage l’amour infini et miséricordieux. Dans l’abandon le plus complet, elle recevait de Lui une tâche à remplir. Cette tâche comprenait son humble travail de carmélite : faire le bien dans les circonstances où elle était mise ; donner sa vie pour gagner à Dieu un grand nombre de ses frères les hommes.

La pauvreté de son oraison lui faisait prendre conscience de l’importance de l’instant présent. Thérèse ne séparait jamais la terre du Ciel. Elle vivait sa foi au fil des journées et des événements. Pour elle, Dieu était à l’oeuvre dans tous les événements et les instants de son existence. Ce n’était pas toujours aux heures d’oraison que Thérèse était éclairée sur ce que Dieu lui demandait, mais il lui fallait ces temps consacrés uniquement à Dieu, ces moments souvent arides, pour qu’elle reçoive lumière et force dans ses tâches quotidiennes. Thérèse s’est aussi sentie l’enfant de la Sainte Vierge et son amitié avec Marie est une part si importante de sa vie d’oraison, qu’elle la marque tout entière, dès l’enfance jusqu’à l’ultime préparation à la mort. L’amour de la Sainte Vierge a été la grande douceur de l’existence de Thérèse, comme le soutien de sa vie d’oraison. Thérèse a conscience que sa vie carmélitaine est la vie cachée de Marie, sa « petite voie », la voie de Marie, sa forme d’oraison, la grâce de Marie, son abandon silencieux et confiant, celui de Marie, sa place au coeur de l’Eglise, celle de Marie, sa croix sa part de choix donnée avant elle à Marie.

Marie-Hélène Rocher