Tout donne à penser qu’une foi chrétienne qui ne serait qu’un marqueur de tradition familiale, un héritage de quelques « valeurs » altruistes, une habitude sociologique conduisant parfois à demander un baptême ou un mariage « à l’église » est appelée à disparaître. Dans ce temps qui est le nôtre, nous ne pouvons plus nous contenter d’une vie chrétienne de conventions sociales, car il est de moins en moins « conventionnel » d’être chrétien. Durant de longues périodes de l’histoire de l’Eglise, dans une société dite « chrétienne », nous avons pris l’habitude de penser que l’appel à se donner résolument au Christ, était simplement destiné à quelques-uns, les religieux et religieuses. Pour les autres, il s’agissait de s’efforcer d’être d’honnêtes gens, témoins d’une « culture » chrétienne. La foi vivante au Dieu vivant a été confondue avec la « croyance » en Dieu ; et les vertus de l’Evangile, avec les vertus de « l’honnête homme ».

Or à notre époque, les chrétiens ne vivent plus « entre eux ». Ils côtoient chaque jour des hommes et des femmes pour lesquels ce qui compte dans l’existence est parfois très éloigné de ce qu’ils considèrent, eux, comme essentiel. Si leur christianisme se situe seulement sur le registre des habitudes, mais pas comme un attachement intériorisé, vital, à la personne du Christ, la rencontre avec d’autres visions de l’homme, induisant d’autres règles de comportement relativisera, puis fera probablement disparaître ce qui semblait aller de soi jusqu’alors. L’intérêt d’une année de la vie consacrée est justement d’inviter à la prise de conscience suivante : l’appel à l’imitation étroite du Christ concerne chaque baptisé, en particulier dans les 3 grands domaines de l’existence humaine que sont la relation à l’avoir, au pouvoir et à l’affectivité (pauvreté, obéissance et chasteté). Ce qui pouvait sembler jusqu’alors l’apanage des « consacrés », réapparaît comme le sens profond de la consécration fondamentale au Christ qu’est notre baptême.

« Radicalité » pourrait être associé à extrémisme ou fondamentalisme. Ce pourrait être chargé de connivences avec l’exclusion, le repli sur soi, l’intolérance ou toute forme de prosélytisme militant … NON ! Le chemin dessiné ici est un chemin pour des gens ordinaires, pour ces pauvres en force, en vertu, en intelligence que nous sommes, faibles, mais qui mendient la grâce de l’Esprit. Il n’est question de rien de moins que de la sainteté, mais de « la sainteté des gens ordinaires » comme disait Madeleine Delbrel.

Père jean Pierre