Glanés dans les pages « Parents et enfants » de « La Croix » ces dernières semaines, voici des extraits d’une interview, réalisée par Emmanuelle Lucas, de Mélanie DUPONT, psychologue à l’unité médico-judiciaire de l’Hôtel-Dieu à Paris, qui accueille là des enfants victimes d’abus sexuels et leurs proches. Elle préside par ailleurs l’association Centre de victimologie des mineurs. Propos qu’il nous semble important de faire connaître.

« L’unité médico-judiciaire de l’Hôtel-Dieu reçoit tous les enfants qui lui sont adressés par les commissariats de Paris et la brigade des mineurs (…) À cette occasion, nous rencontrons aussi toujours les familles : parents, frères et soeurs mais aussi les grands-parents, par exemple. Ce travail est en effet fondamental car ce choc a un impact sur la famille tout entière. Or la réaction des proches va déterminer en grande partie la façon dont un enfant va se remettre ou pas. Si les parents parviennent à tenir bon, alors peu à peu l’enfant aussi va aller mieux (...) Certaines familles sont effondrées, d’autres semblent prêtes à se battre mais vont peut-être s’effondrer plus tard. La capacité à réagir dépend de l’histoire des personnes mais aussi des faits. On sait, par exemple, que les violences intrafamiliales sont particulièrement dévastatrices car, à travers l’agresseur, c’est aussi un mari, un frère, un grand-père en qui l’on croyait que l’on est en train de perdre. Il y a une représentation mentale et sociale particulière vis-à-vis des jeunes enfants qui fait que les parents se sentent particulièrement coupables quand ils n’ont pas réussi à les protéger (…) Les agresseurs sont souvent des gens qu’on aime bien. Les parents se retrouvent donc dans un conflit de loyauté. C’est pourquoi parfois ils ne croient même pas leur enfant et prennent la défense de l’agresseur. Les conséquences sont alors dramatiques pour l’enfant (…) Or il est impossible pour un enfant de grandir avec cette question : « Pourquoi mes parents ne font-ils rien alors que je ne vais pas bien ? » (…) Le seul conseil qui vaille est d’ouvrir un dialogue quand on sent un enfant en souffrance. On peut par exemple lui demander : « Comment ça va en ce moment ? » puis ajouter : « J’ai l’impression qu’il y a quelque chose qui ne va pas, raconte-moi ». Ensuite, seulement, le parent peut demander plus précisément : « Est-ce qu’on te fait du mal ? » Pour autant, il ne faut pas non plus verser dans un mode inquisiteur, enquêteur. Il faut entrouvrir un espace de discussion, ce qui n‘est pas la même chose. De même, il ne faut pas s’attendre à des réponses très claires. L’enfant ne va pas dire : « J’ai été violé par untel ». Très souvent donc l’adulte va rester avec un doute. Il doit absolument en parler et ne pas rester seul. C’est beaucoup trop lourd à porter. À travers le numéro d’appel 119, de nombreux personnels sont là pour aider les familles. J’insiste aussi sur l’importance de porter plainte. Bien sûr, c’est très lourd (…) Il n’empêche que pour l’enfant la démarche reste primordiale. À mesure qu’il va mûrir puis entrer dans l’âge adulte, il va réinterroger son enfance et se demander : « Est-ce qu’à ce moment-là mes parents m’ont protégé ? » Tout l’intérêt de la plainte est de lui montrer que, oui, ses parents l’ont cru. » JH (Source «La Croix »,7.11.18)