Plutôt que d’aborder la question de la PMA et du projet de loi (je vous invite pour cela à aller sur le site du diocèse de Paris ou sur le portail de l’Église catholique), je vous propose quelques réflexions qui en fait ont trait aux mêmes questions.

Après avoir rencontré des adultes porteurs d’une trisomie 21, après avoir pu nouer des relations amicales avec Fabien, j’ai été conduit à faire le constat suivant : il y a chez ces personnes une véritable innocence du coeur, une capacité d’aimer et plus encore de se laisser aimer. Je n’ai jamais rien vu de tel chez des adultes n’ayant pas de handicap lourd. Elles nous donnent à vivre et à voir l’essentiel, ce qui rend vraiment heureux.
Le développement de nos capacités intellectuelles, de nos savoir-faire, le développement des sciences et techniques sont importants. Ces développements ne sont bons que dans la mesure où ils nous aident à vivre des relations de meilleure qualité. Des relations où nous apprenons petit à petit à « laisser tomber nos défenses et nos étroitesses » pour vivre une vraie rencontre. Bien souvent nos capacités intellectuelles et techniques nous servent à vivre « une fuite en avant » en comblant nos désirs et nos peurs. Elles nous évitent la confrontation avec nos limites et notre vulnérabilité. Elles nous font passer à côté de notre humanité !

Peut-on traverser la vie sans faire face à la souffrance ? Peut-on être une personne humaine accomplie sans avoir fait face à la souffrance et à nos limites, à notre vulnérabilité ? Le bonheur n’est-il pas l’aboutissement de la difficile traversée de notre fragilité humaine ? Un couple sachant que l’enfant conçu de leur amour serait porteur d’un lourd handicap décide un avortement thérapeutique. Lorsqu’ils m’en ont parlé, ils m’ont expliqué leur choix par leur incapacité à faire face à un enfant portant un handicap lourd … Aujourd’hui ils restent marqués à vie par une souffrance, une culpabilité et le traumatisme du non-dit à leurs autres enfants… On ne fuit une souffrance que pour tomber dans d’autres que l’on ne connaît pas !

Un autre couple attend la naissance d’un troisième enfant. Il naîtra sans bras ni jambes. Bien entourés par leurs familles et amis, nourris par une relation de foi profonde à Dieu et à l’Église, ils ont fait le choix d’accueillir cet enfant. Ils me rapportent une parole qui les aide : « Cet enfant vous est confié car vous êtes capables de l’aimer et en l’aimant de lui faire goûter le bonheur ».… La souffrance, le handicap ne sont pas des bonnes choses. Notre façon de les assumer et de les porter font de nous, ou non, des personnes accomplies, pacifiées et aimantes… Ne passons pas à côté de notre humanité !

Guillaume Villatte,  prêtre
Curé du Plessis-Bouchard et de Franconville gare