Boudé par le palmarès officiel du Festival de Cannes 2019, le jury a heureusement distingué l’oeuvre sublime de Terence Malick, déjà auteur de la Palme d’or « The tree of life ».

Terence Malick est une énigme. Il fuit les conférenciers de presse et les interviews. Mais à Cannes, il était là incognito, parmi les fidèles de la messe dominicale à Notre-Dame du Bon Voyage. C’est un vrai croyant chrétien qui affiche sa foi par son talent de créateur de films inspirés. Après la grandiose réflexion sur la création dans « The tree of life » en 2011 et quelques films majeurs comme « La ligne rouge » et « Les moissons du ciel », Terence Malick revient en force avec un film bouleversant devenu évident pour le Jury oecuménique qui remet depuis 1974 un prix à un film de la compétition officielle.

Le jury a justifié son choix en expliquant que « l’histoire de Franz Jägerstätter, un fermier autrichien, qui, avec le soutien de son épouse Fani, refuse de prêter allégeance à Hitler, met en scène un profond dilemme. La haute qualité cinématographique, en termes de réalisation, de scénario et de montage, permet d’exprimer et d’explorer les questions qui se posent à la personne confrontée au mal. C’est un récit universel à propos des choix que nous avons à faire et qui transcendent les préoccupations terrestres pour suivre la voix de sa conscience ». Selon l'un des critiques de cinéma de SIGNIS (Association mondiale catholique pour la communication), Peio Sanchez, « Malick revient cette fois-ci à la narration linéaire. Franz et Franziska vivent dans le paradis des montagnes autrichiennes, près du village où Hitler est né, l'ombre du serpent. C'est là que se déroule leur histoire d'amour entourée de leurs trois filles et d'un environnement naturel idyllique. Tout est bonté et bonheur, du moins pour la première partie des trois heures. Commence alors l'histoire de la descente aux enfers. Avec le nazisme, St. Radegund impose sa loi, mais Franz et sa femme refusent de s'y conformer. Les voisins commencent à les harceler en les accusant d'antipatriotisme. Dieu et la patrie sont présents dans son questionnement, car il est aussi sacristain de l'église. Le malheur se fait plus présent quand arrive l'ordre de recrutement. La conscience dit de ne pas tuer, mais la règle de la violence impose d'aller à la seconde guerre mondiale. La dégradation, l'emprisonnement et l'exécution seront le Calvaire. La prestation d'August Diehl est austère, silencieuse, ferme, convaincante. Il représente la dignité croyante. L'interprétation de l'Autrichienne, Valérie Pachner, représente la fidélité à l'amour ».

En effet, l’ayant vu et admiré, je ne peux qu’encourager les futurs spectateurs à vivre cette expérience de 3 heures sur un type qui sacrifie la splendeur de la campagne tyrolienne pour affronter les conséquences de sa fidélité à sa foi et à la vérité jusqu’à la mort. Ils sont nombreux, amis et ennemis, ceux qui lui affirment que son geste ne sert la cause de personne, qu’il ne s’agit pas d’un acte de résistance. Pourtant, Franz Jägerstätter n’a pas été oublié, n’en déplaise aux nazis, et avant Terence Malick, sa mémoire a été transmise bien au-delà de son village et de l’Autriche. Et en 2007, Benoît XVI a béatifié ce simple paysan et ce vrai résistant. Le film « Une vie cachée » devrait sortir à l’automne sur les écrans français.

Michel Rocher