Quatre semaines après l'attentat de Charlie Hebdo, Reporters sans frontières (RSF) a appelé, le 2 février, les religieux à signer une « proclamation sur la liberté d'expression », initiative diversement accueillie par les intéressés, l'Eglise ne cachant pas son irritation.

Avec un sous-titre forcément indiscutable « Le pluralisme au service de nos libertés », le texte postule que « nul ne peut imposer sa conception du sacré à autrui » et que « chacun est libre d'exprimer et de diffuser des critiques, même irrévérencieuses, envers tout système de pensée politique, philosophique ou religieux ». Un peu plus loin, RSF insiste en affirmant que « La liberté d'information et d'expression, celle des journalistes comme des citoyens, ne saurait être contrainte ou limitée par les convictions ou les sensibilités des uns ou des autres ».
RSF ambitionne de faire signer son texte aux plus de 10.000 responsables de lieu de culte en France (curés, pasteurs, imams, rabbins, prêtres orthodoxes, moines bouddhistes…). Si cette initiative a reçu l'appui « sans réserves » du président de l'Observatoire de la laïcité, l'ancien ministre socialiste Jean-Louis Bianco, et d'une quinzaine d'intellectuels, elle est plus diversement reçue par les responsables des cultes. Le président de la Fédération protestante de France (FPF), le pasteur François Clavairoly, a signé. En tant que recteur de la grande mosquée de Paris, Dalil Boubakeur a aussi ratifié le texte, lui qui a mené le combat contre « Charlie Hebdo » lors du procès des caricatures en 2007. Le grand rabbin de France, Haïm Korsia s'est interrogé sur la méthode mais aurait donné son accord de principe.
Quant à la Conférence des Evêques de France, elle exprime et argumente son refus. Son porte parole, Mgr Olivier Ribadeau Dumas, rappelle que la liberté d'expression « doit s'articuler avec d'autres libertés ». D'ailleurs, il y avait comme un soupçon dans le texte, pesant sur les religieux qui « seraient un facteur de désunion au sein même de la société civile, comme un danger pour la possibilité de vivre les libertés telles quelles et la liberté d’expression ». Autre raison d'hésiter : la focalisation sur les religions. « Le fait que seuls les responsables religieux soient invités à signer cette déclaration nous paraît assez injustifiable, d’une certaine manière. Pourquoi ne pas avoir envoyé ce texte à des enseignants ? Pourquoi ne pas l’avoir envoyé à des membres de la fonction publique ? Pourquoi ne pas l’avoir fait signer à d’autres personnes qui ont aussi une responsabilité au sein de la société ? ». Enfin, tout en respectant infiniment le travail de RSF, l'Eglise de France se pose la question de la légitimité d'une association qui publie une injonction de signer.
Pour ou contre la position de l'Eglise ? A chacun de se prononcer sur l'évidence d'un droit au blasphème.

(Sources : 20 minutes et Info Catho)