Le débat semble avoir agité certains ces temps-ci. Culturel, ce qui relève de la culture. Cultuel, ce qui relève du rapport du croyant avec Dieu. C’est à distinguer, bien sûr, mais est-ce à séparer ? À opposer ? Qu’est-ce que la culture sinon l’air du temps que l’on respire quotidiennement qui marque en profondeur nos pensées, nos sensibilités, nos actions et nos réactions, notre rapport au monde et aux autres ? Elle n’est pas à confondre avec les effets de mode, très passagers et souvent suscités artificiellement pour faire du profit. Elle est ce qui nous façonne et nous rejoint en profondeur, immergés que nous sommes dans une société donnée, nos codes pour communiquer entre nous, nos références du vrai, du bon et du beau, notre vision du monde et de nous-mêmes.
Pendant des siècles, la culture en occident s’est formée en référence au christianisme. Comment comprendre sans lui la peinture, la sculpture, la musique, l’architecture, l’urbanisme tout autant que notre histoire, nos paysages, nos structures sociales, notre manière d’appréhender le réel ? Tout cela, et d’autres réalités encore, l’Eglise l’a façonné dans nos pays.

Aujourd’hui, nombreux en sont les signes, mais devenus souvent aussi peu lisibles de beaucoup de nos contemporains que les témoignages de civilisations aztèques ou confucéennes. La langue chrétienne leur est souvent devenue langue étrangère. La culture d’un grand nombre fait son chemin loin des codes et des références chrétiennes.
C’est un défi pour l’annonce de l’Evangile : non pas établir une contreculture chrétienne prenant le contrepied de celle du monde : l’unanimisme d’une période de chrétienté, à supposer qu’il ait jamais existé, n’est pas possible, ni sans doute souhaitable. Le défi est que la foi vivante des chrétiens puisse avoir la vigueur nécessaire pour faire entendre sa petite voix : Exister par une expression culturelle qui puisse être un langage compréhensible, audible par nos contemporains dans les sociétés multiformes qui sont les nôtres. Qu’on distingue cultuel et culturel, oui ! Mais que serait la foi sans ses expressions adressées à ce qu’il y a de meilleur en chaque société et en chaque homme ? Pas de foi sans culture, surtout la foi des chrétiens qui parle d’INCARNATION.

A Rome, il existe un organisme pontifical en charge de la culture. Au plan diocésain, une commission Foi & Culture. Ne disons jamais « Ca, c’est culturel, ça ne nous concerne pas, c’est négligeable ». Les chemins, y compris culturels, par lesquels le bon Dieu peut faire mystérieusement signe aux hommes sont si divers, si imprévus, si surprenants parfois ! Cultivons avec soin le lien entre cultuel et culturel, entre foi et culture, en nous gardant largement à l’écoute de nos contemporains, de leurs questions, de leurs rêves, de leurs doutes, de leurs aspirations, de leurs soifs profondes.

Père Jean Pierre