Le 16 octobre a été publié un petit livre co-signé par le Conseil permanent des Evêques de France - dont Mgr Lalanne - qui s'adresse à l'aube d'une année électorale, non pas aux électeurs catholiques mais à tous les français.

Tout en proposant un constat et une analyse, cette lettre pointe et suggère des voies pour redonner sens à notre société. « Si nous parlons aujourd’hui, c’est parce que nous aimons notre pays et que nous sommes préoccupés par sa situation » écrivent d'emblée les évêques. Le diagnostic est sombre : « On peut dire qu’il y a une insécurité sociétale chez les Français qui redoutent, plus que tous les autres européens, de subir un déclassement de leur niveau de vie ». Plus précisément, « aujourd’hui, non seulement le creuset républicain qui a plutôt bien fonctionné pendant des siècles n’intègre plus ou plus assez vite, mais l’idée même d’un “récit national” unifié est largement contestée et remise en cause. Les identités et les différences sont affichées, et la revendication communautaire met à mal l’idée d’une Nation homogène. Il devient dès lors plus difficile de définir clairement ce que c’est d’être citoyen français. »
Face à cette interrogation sur les valeurs partagées, les évêques insistent sur la nécessité de donner aux contemporains « une charpente plus qu’une armure », notamment par l’action conjointe de la famille et de l’école. Ils incitent aussi les chrétiens à ne pas rêver à un repli du monde : « Dans notre société profondément redevable à l’égard de son histoire chrétienne pour des éléments fondamentaux de son héritage, la foi chrétienne coexiste avec une grande diversité de religions et d’attitudes spirituelles. Le danger serait d’oublier ce qui nous a construit, ou à l’inverse, de rêver à un retour à une page d’or imaginaire ou d’aspirer à une Eglise de purs et à une contre-culture située en dehors du monde, en position de surplomb et de juge. La révélation chrétienne ne conduit pas à une telle contre-culture.» Pour sortir de la grave crise de sens subie par les français, « la seule question qui mérite d’être posée n’est-elle pas : « qu’est-ce qui fait qu’une vie mérite d’être donnée aujourd’hui ? Pourquoi suis-je prêt à donner ma vie aujourd’hui ?»
Pour les évêques, ce qui doit fonder l’exercice du pouvoir est bien le politique. C'est "la recherche du bien commun et de l’intérêt général qui doit trouver son fondement dans un véritable débat sur des valeurs et des orientations partagées. » Mais tout est affaire de compromis : « Le vrai compromis est plus qu’un entre-deux, simple résultat d’un rapport de force. C’est, à partir de positions différentes, entrer dans un vrai dialogue où on ne cherche pas à prendre le dessus mais à construire ensemble quelque chose d’autre,..."

Et au sujet de la laïcité, le conseil permanent fait le constat d’une crispation. « Ce sujet est devenu un lieu de tension indéniable qui tient beaucoup au mouvement de réaffirmation des religions, particulièrement l’islam, dans notre société. Une société où, de fait, les religions ne structurent plus la vie d’une majorité de la population. » Les évêques veulent donc en rappeler la définition : « Un cadre juridique qui doit permettre à tous, croyants de toutes religions et non croyants, de vivre ensemble.» Et surtout ils s’élèvent contre ceux qui voudraient reléguer la religion à la sphère privée, une vision « qui prive la vie publique d’un apport précieux pour la vie ensemble.

source : www.eglise.catholique.fr
référence : "Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique"(Bayard/Cerf/Mame)