Depuis quelques mois, les médias soulignent la coïncidence de la sortie de plusieurs films qui traitent de la religion chrétienne. Loin d’être des films édifiants, ils sont le fruit des questionnements de leurs auteurs sur le mystère de la foi.

Le 14 février, « L’apparition » arrivait sur les écrans. Ce film s’inscrit dans l’oeuvre de Xavier Giannoli, auteur attiré par les histoires de fabulateurs. Dans ce film sur les récentes apparitions supposées de la Vierge Marie dans un village alpestre, Vincent Lindon mène une enquête canonique et veut s’en tenir aux faits, aux explications rationnelles. Mais la rencontre avec la jeune voyante l’atteint de plein fouet, et fait émerger ses doutes, son sens du destin, sa foi..
. Le 28 février, « Jésus l’enquête » semblait annoncer la couleur. Le film de John Gun est une adaptation du livre de Lee Strobel (The Case for Christ), dans lequel ce journaliste américain, athée revendiqué, est confronté à la conversion de sa femme au christianisme et enquête sur la figure du Christ. À la recherche de contre-preuves, il redécouvre ses doutes, sa crédibilité, sa foi...

Le 21 mars est sorti « La prière » de Cédric Kahn. Dans ce film, un jeune toxicomane de 22 ans, pour sortir de sa dépendance, rejoint une communauté d’anciens drogués qui se soignent par la prière. Le film, qui s’inspire d’une communauté réelle, raconte « le trajet d’un être non religieux qui fait un chemin vers la religion », explique son réalisateur. C’est un chemin escarpé qui passe par la révolte, l’incompréhension, le renoncement. Puis Thomas se réconcilie avec lui et les autres, il découvre l’exaltation, la prière, la foi...

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Ces films et bien d’autres sortis en 2017, comme « La confession » de Nicolas Boukhrief, « Silence » de Martin Scorsese et « Jeannette, l’enfance de Jeanne d’Arc » de Bruno Dumont, démontrent que le cinéma est un art hautement spirituel. Il ne vise pas en particulier les 3 millions de pratiquants catholiques réguliers mais tous ceux qui se sentent concernés par la transcendance. Les cinéastes reconnaissent que cette interrogation passe par la quête intime des personnages. Comme le dit Xavier Giannoli : « On n’est pas obligé de filmer une église ou un monastère pour parler de la foi. (...) Si on interroge le spectateur sur son sens du bien et du mal, son aptitude à la compassion ou pas, on suit déjà une démarche spirituelle ». Oui, un film peut être un pont entre le doute et la croyance, la raison et la foi. L’art est du côté du questionnement, de la quête et aussi de l’incarnation. Comment montrer l’invisible derrière le visible ? Comment montrer l’âme par le corps ? Des réalisateurs, chrétiens ou non, comme Bresson, Pasolini, Dreyer, Rossellini, Bergman, Scorsese, Tarkovski, ont donné le meilleur du cinéma dit chrétien. Pas besoin de récit édifiant et hollywoodien - comme le film « Marie-Madeleine » de Garth Davis sorti le 28 mars - pour montrer les croyants, car si « le réel n’est pas présent, le monde s’absente et Dieu s’absente aussi » dit l’écrivain Jean Collet.

Michel Rocher
A lire : dossier « Filmer la foi » dans « La Vie » du 15 mars