Sorti le 28 septembre, un film italo-hispano-argentin de Beda Docampo Feijoo retrace la vie de Mgr Jorge Bergoglio avant son élection papale, d'après le livre de Elisabeth Piquet.

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Ana est une journaliste espagnole bientôt quadragénaire, typique de sa génération : parcours professionnel réussi, intérêts multiples, relations cordiales. Pour autant, rien de solide dans sa vie : partagée entre son travail et ses amours, sans convictions autres que ses attachements familiaux, elle est envoyée à Rome couvrir le conclave de 2005 qui élira Benoît XVI, au moment même où elle se découvre enceinte. Alors qu’elle passe le voyage à se demander si elle cédera au père de son enfant qui exige qu’elle avorte, elle rencontre par hasard le « padre Jorge », archevêque de Buenos Aires. Cette rencontre avec un prélat inclassable changera sa vie et cette trajectoire permet au film, sans prétendre à l’objectivité, de nous livrer un regard personnel qui, tout en assumant un ton résolument hagiographique, ancre les personnages dans la réalité contemporaine.
La construction classique du récit fait alterner les scènes de rencontre entre la journaliste et le prélat avec des flashbacks sur la jeunesse et la carrière du padre Jorge. Une belle photo (le chef opérateur est celui de « Biancaneves ») et une bande son parfois pesante accompagnent ces allers et retours. Loin des ors du Vatican ou de la mythologie jésuite, nous découvrons surtout un archevêque attaché à son peuple et s’efforçant, avec une simplicité et une audace quelquefois déconcertantes, de témoigner de la tendresse du Seigneur. Maints aspects sont ainsi traités, aussi bien sur l’Argentine où cohabitent trafiquants de drogue et junte autoritaire, que sur l’Église qui mêle en son sein « prêtres pharisiens » et pécheurs pardonnés. Du contexte de Buenos Aires aux combats souterrains du Vatican, le prisme est large, même si demeurent quelques énigmes, par exemple la trajectoire du jésuite avant son épiscopat ou l’évolution de ses relations familiales une fois sa vocation assumée. Au terme d’une histoire aux rebondissements émouvants, se dégage la vision d’un homme spirituel, à l’intelligence pratique, qui ne cherche pas à tout expliquer mais veut prendre à bras le corps le réel pour y trouver et y manifester la miséricorde de Dieu comme aussi ses exigences.
Peut-être le portrait aurait-il eu plus de relief en évoquant quelques faiblesses du héros ou comment son prédécesseur a pu, dans un style différent, lui ouvrir la voie. Il reste que les spectateurs seront souvent passionnés par ce récit très concret qui éclaire beaucoup de questionnements actuels sur l’Église et le monde.

P. Denis DUPONT-FAUVILLE (Observatoire Foi et Culture)