La Sagesse qui est l’oeuvre du Saint Esprit diffère de la sagesse de ce monde principalement en ceci, que cette dernière bouleverse et détruit, tandis que l’autre maintient et garde en l’homme le bon ordre de la création. Elle se rappelle en effet ce que la sagesse de ce monde dédaigne et considère comme inutile : ce que Dieu dit « faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance, et qu’il domine les poissons de la mer et les oiseaux du ciel et les bêtes et tout les reptiles » (Genèse 1, 26). Et qu’ensuite, au témoignage de la même Écriture, « il forma l’homme du limon de la terre » (Genèse 2, 7). Cette Sagesse-ci se rappelant ces choses et les tenant toujours en mémoire, garde si bien l’ordre de la création qu’elle soulève l’âme en haut, vers l’image de Dieu, tandis qu’elle humilie le corps vers la terre, du limon de laquelle Dieu l’a formé, afin que l’esprit de l’homme soit soumis à Dieu et le corps à l’esprit. AU CONTRAIRE la sagesse de ce monde perturbe cet ordre et le détruit : elle rend oublieux de Dieu le sens enflé de l’homme, mais place au premier rang le corps et les biens du corps, tels que richesses, honneurs, noblesse de la naissance, si bien que l’esprit rebelle de l’homme a le pas sur Dieu, tandis que la partie la plus vile de l’homme, la chair*, a le pas sur l’esprit.

La sagesse de ce monde renverse complètement l’ordre, comme si elle marchait sur les mains, les pieds en l’air et la tête en bas. L’autre Sagesse qui vient du Saint Esprit s’avance normalement, les pieds fermement appuyés au sol, le visage levé vers le ciel. Ces deux sagesses s’opposeront toujours.
Le suprême titre de gloire pour l’une, c’est d’avoir réussi à prendre le pas sur ses égaux, fût-ce au prix d’une injustice ; la suprême fierté pour l’autre, c’est de servir ses égaux ou même ses inférieurs, et non seulement de ne pas leur faire injure, mais de souffrir l’injure avec une âme égale.
Leur suprême combat a été donné en spectacle au monde dans la passion du Christ, et nulle part l’Esprit de Sagesse n’a triomphé aussi noblement par la patience…

D’après un écrit de Ruper de Deutz (né en 1075) sur les oeuvres du Saint Esprit