« Capharnaüm », c’est une ville de Galilée, mais c’est aussi un terme représentatif du grand bazar mondial où les minorités sont malmenées et réduites à un bruit ambiant. La réalisatrice Nadine Labaki a su exprimer cette plaie avec force et conviction, ravivée dans son Liban natal depuis l’exode forcé des syriens.
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Comme chaque année, le Jury oecuménique international du festival de Cannes a remis son prix le 19 mai, mais a voulu distinguer un autre film avec une mention spéciale à « BlacKKKlansman ».
C’est la minorité afro-américaine qui est au coeur du dernier film de Spike Lee. L’histoire est incroyable mais vraie, celle du premier officier de police noir, à Colorado Springs en 1978, qui infiltra le Ku Klux Klan local pour en dénoncer les agissements criminels racistes et antisémites, en exposant sur le terrain un autre policier, son double blanc... et juif. Sur le ton de la comédie, Spike Lee réalise un film brillant et militant comme en témoigne son rappel des violences des suprémacistes blancs à Charlotteville en 2017. Le film a aussi été distingué au palmarès du Festival, avec le Grand Prix du Jury.

Et le film « Capharnaüm » a aussi récolté le prix du Jury du Festival. Une belle récompense pour cette oeuvre bouleversante qui défend les droits des enfants. Les enfants, ce sont ceux des bidonvilles et des prisons de Beyrouth, dont les parents réfugiés sont souvent sans papiers et sans avenir. Si le jeune syrien Zaïn s’enfuit et décide d’intenter un procès à ses parents, c’est parce qu’ils ont forcé sa petite soeur de 11 ans à se marier contre de l’argent pour la famille et elle est morte en couches peu de temps après. Le film est porté par son extraordinaire interprète de douze ans, Zaïn, frère protecteur de Sahar, puis frère d’adoption d’un bébé. Ils deviennent pour nous le visage des sans droits, des sans-papiers et des réfugiés. Une fraternité et une solidarité que l’on n’est pas près d’oublier.
Michel Rocher