Ce qui fait la beauté d’un morceau de musique est l’ajustement des notes les unes par rapport aux autres, le rythme et la sensibilité des artistes. C’est à travers tout son être (corps, âme, esprit) qu’un artiste offre un chant ou un morceau de musique. Il s’agit de s’accorder tant d’un point de vue technique, qu’entre artistes, et pour cela d’être bien accordé en soi-même. Écoutons ce que nous enseigne le Seigneur :
" Amen, je vous le dis, si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord (s’accordent) pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux. En effet, quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. » (Mt 18, 19-20)
C’est là l’œuvre de l’Esprit Saint dans l’Eglise et dans nos vies, il incline notre cœur afin que nous nous accordions les uns aux autres pour former et rendre visible cette communion qui est en Dieu : « Je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là (dit Jésus), mais encore pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi. Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. Et moi, je leur ai donné la gloire (le Saint Esprit) que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes UN : moi en eux, et toi en moi. Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. » (Jean 17, 20-23)

Une des difficultés de notre mentalité franco-française est de souvent développer un aspect de la réalité et de l’isoler des autres aspects voir de l’opposer. A la façon de personnes partisanes qui surinvestissent leur cause de façon affective et émotionnelle. Chacun de nous est porteur d’une expérience spirituelle, d’une vie de foi et d’une compréhension de la foi particulière, avec ses lumières et ses limites. Lorsque l’un de nous, (laïcs ou prêtres) nous exprimons et témoignons de ce que le Seigneur nous a fait percevoir de son mystère et de la façon de l’accueillir, de le vivre… pourquoi s’en offusquer si cela heurte notre sensibilité ?

Ne sommes-nous pas appelés à accueillir la grâce que Dieu nous offre afin d’approfondir notre communion au mystère du Christ, sans pour autant renier ce que le Seigneur a déposé en nous de précieux. Il s’agit bien de chercher comment s’accorder à une note différente, à « un instrument » différent afin qu’ensemble nous laissions l’Esprit Saint accomplir son œuvre de communion « pour que le monde croit ». « Jean Baptiste est venu, il ne mange pas, il ne boit pas, et l’on dit : “C’est un possédé !”. Le Fils de l’homme est venu ; il mange et il boit, et l’on dit : “Voilà un glouton et un ivrogne, un ami des publicains et des pécheurs.” Mais la sagesse de Dieu a été reconnue juste à travers ce qu’elle fait. » Alors Jésus se mit à faire des reproches aux villes où avaient eu lieu la plupart de ses miracles, parce qu’elles ne s’étaient pas converties… » (Mt 11,, 16-20)

La vraie question est de savoir si nous nous laissons – oui ou non – convertir par la façon dont Dieu nous rejoint à travers l’humanité de ses serviteurs ! Nous touchons là au mystère de l’Église… « Les foules rendirent gloire à Dieu qui a donné un tel pouvoir aux hommes. » (Mt 9, 8)

Guillaume Villatte
Prêtre